Projet HERCULE …ou comment penser réussir à faire le grand écart sans rien sentir ?

S’il est un projet qui fait aujourd’hui l’unanimité, c’est bien HERCULE !

L’unanimité pour, parmi les banquiers d’affaires à l’affût de juteuses commissions, les boursicoteurs individuels ou épargnants prudents qui s’enflamment sur les forums « spécialisés » en rêvant à quelques plus-values, sans parler bien évidemment de ses promoteurs (à Bercy, Matignon, l’Elysée … et certains bureaux de Wagram) qui espèrent en tirer profit à titre politique ou carriériste.

L’unanimité contre, parmi… toutes les autres catégories de personnes : citoyens, associations de consommateurs, salariés du groupe EDF, anciens dirigeants voire anciens PDG, élus locaux, majorité de députés et sénateurs, fédérations de collectivités concédantes, pour ne citer que les premières qui nous viennent à l’esprit.

Et l’actionnaire salarié dans tout ça ? Et EAS, première association d’actionnaires salariés d’EDF, et seule reconnue par la FAS ?

Tout comme le projet Hercule, rien n’est simple, puisque l’opacité règne en maître sur le dossier (d’ailleurs, qui a vu un vrai dossier Hercule ?) et que l’on ne peut donc à ce stade qu’échafauder des hypothèses à partir du recoupement informations captées auprès de sources plus ou moins informées, honnêtes et fiables.

Il en ressort cependant qu’au-delà du « plan A » porté par le Gouvernement et la Direction de l’entreprise et des plans « B, B’, B’’ et compagnie » évoqués par les organisations syndicales, voire par d’autres associations d’actionnaires salariés, le sort de l’actionnaire salarié n’est à ce jour pas enviable.

En effet, le voici confronté à un casse-tête, à une situation ubuesque. S’il raisonne en actionnaire court-termiste, il peut succomber aux charmes d’Hercule. Mais dès qu’il prend du recul en considérant son placement comme un réel investissement dans un modèle d’entreprise dans lequel il croit, et s’il ajoute comme paramètre de réflexion le fait qu’il contribue aujourd’hui à la réussite de l’entreprise dans laquelle il a investi, alors il ne peut que souhaiter qu’Hercule ne se réalise pas.

Pourtant, en investisseur averti, l’actionnaire salarié sait bien que le modèle économique d’EDF fait appel à des actifs qui induisent une forte intensité capitalistique à l’instant T et un amortissement sur le temps long. Il sait aussi que ce secteur économique est fortement encadré, par exemple aujourd’hui par la PPE mais aussi par des mécanismes de type ARENH, CSPE, CTA, TURPE…

Il a aussi vu comment les autres acteurs nationaux ou internationaux ont déployé ces dernières décennies des stratégies parfois très différentes, mais visant la plupart du temps après des périodes expansionnistes à se recentrer sur des activités à forte valeur, intégrant innovation et recherche de la meilleure productivité, afin justement de séduire les investisseurs potentiels aptes à accompagner leur développement.

Il sait donc qu’EDF ne saura évoluer longtemps dans ce monde de concurrence (du moins de chasse à la ressource financière, car telle est la réalité du moment), avec un ratio fonds propres sur dette proche de 3. Et il a bien vu qu’une fois cédés les actifs jugés non stratégiques, il n’y aura plus de bijoux de famille à vendre.

C’est là qu’il va se poser la question qui peut le conduire à devoir faire le grand écart entre ses deux statuts, celui de salarié et celui d’actionnaire : ne pouvant pas jouer sur ses recettes sans décision externe (de l’Etat pour actualiser le prix de l’ARENH par exemple ou la fiscalité) sur un marché aval de plus en plus concurrentiel, et ne parvenant pas à séduire autant qu’avant les investisseurs potentiels pour se recapitaliser, EDF est-elle condamnée à se serrer un peu plus la ceinture avec un énième plan « machin » pour faire face à ses besoins à court terme … ou doit-elle accepter un « grand soir » ?

Hercule apparaît alors comme la vision Etat – EDF de ce « grand soir », mais le remède semble pire que le mal puisqu’il ne résoudrait en rien la question de la structure du bilan de l’entreprise. Au mieux serait-ce ce que l’on qualifie de reculer pour mieux sauter, sauf que là le recul est une manœuvre à l’aveugle vers un schéma hybride d’entités bariolées publiques, semi-publiques voire à terme privées dont les synergies sont impossibles à caractériser et le bénéfice pour l’actionnaire de long terme impossible à quantifier.

D’aucuns parmi les organisations syndicales et les associations d’actionnaires salariés brandissent alors leurs solutions magiques, au même titre que l’Etat et la direction d’EDF ont la leur (Hercule) : ils parlent de SIEG, d’EPIC, de renationalisation, de non-renationalisation… car effectivement tout et son contraire peut être proposé, tant qu’on n’a pas posé le bon problème et envisagé le bon timing.

Pour EAS, il est important que chacun puisse se forger sa propre opinion à partir de 4 questions :

  • EDF est-elle ou non sous-capitalisée… et pourquoi ?
  • EDF souffre-t-elle ou non d’une sous-rémunération de ses activités… et pourquoi ?
  • EDF a-t-elle besoin du traitement « Hercule » à court terme, alors que les dépenses courantes sont couvertes (yc le grand carénage) sans rien changer, et que la décision politique concernant l’éventuel nouveau nucléaire (les 3 paires d’EPR) est remise à 2022-2023 ?
  • L’Etat, actionnaire majoritaire d’EDF, n’a-t-il pas des gestes à réaliser en toute indépendance de la Commission européenne, avant d’envisager un scénario irréversible dans un contexte où les inconnues sont encore nombreuses ?

Engagée et responsable, l’association EAS vous aide à identifier les opportunités et les risques, vous éclaire sur les jeux d’acteurs, mais elle ne se permet pas de « penser à votre place » !